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Portrait de Jean-Willy Ngoma : de footballeur à directeur sportif

Propos recueillis par Sephora Lukoki Kapinga.

Ancien footballeur, agent de joueur et maintenant directeur sportif. Jean-Willy Ngoma est le premier noir directeur sportif et directeur du football du club de Pandurii Targu basé en Roumanie. Son expertise et son professionnalisme ont fait la différence. Qui est ce personnage atypique, symbole de la mutation des professions dans le monde du foot ?

Légende : Jean-Willy Ngoma, directeur sportif et directeur du football du club de Pandarii Targu basé en Roumanie.

Son enfance  

Né à Kinshasa (République Démocratique du Congo) en 1990, Jean-Willy Ngoma émigre en Belgique à l’âge de dix ans avec sa famille. « Mon père était professeur de piano donc à travers son métier, on a pu émigrer à Bruxelles » explique-t-il. Durant son parcours, il étudie l’économie du sport à Francisco Ferrer. L’amour du football est né dans son coeur dès sa plus tendre enfance. La cour de récré a été son premier terrain de jeu. Plus tard, ses parents l’ont inscrit à Bois fort, un club en région bruxelloise. De fil en aiguille, la passion gagne son âme. C’est le début d’une grande aventure.

De joueur à agent 

Il a évolué au poste de milieu de terrain dans plusieurs clubs dont Brentford et Wallania Walhain de 2010 à 2014 avant de bifurquer vers d’autres horizons. Et si tout avait commencé par cette remarque lancée par un coach : « tu es bien trop intelligent pour jouer au football.» Tout en étant joueur après son passage en Angleterre à Brentford, Jean-Willy recommande certains agents et clubs aux footballeurs. Il est de plus en plus sollicité. « Mes amis s’interrogeaient sur leur avenir et me posaient des questions sur l’orientation de leur carrière. Je les aiguillais puis j’ai commencé à me renseigner sur le métier d’agent afin de mieux les accompagner et les conseiller ».

Devenu officiellement agent de joueurs à la URBSFA (Union Royale Belge des Sociétés de Football – Association) en 2016, il réalisera de nombreux transferts. Le premier grand transfert était celui d’Ibrahima Seck, un international sénégalais. Le joueur sera transféré de l’AJ Auxerre à Waasland-Beveren et de Waasland-Beveren à Genk pour une somme d’un million d’euros. « C’était mon premier transfert significatif, celui où j’ai gagné mon premier denier dans ce métier. Mes deux premiers transferts se sont enchainés l’année suivante, en 2017. » raconte-t-il.

Mariage entre le joueur et l’agent

En dix ans de carrière en tant qu’agent, Jean-Willy retient l’importance de la relation entre le joueur et son agent. « C’est comme un mariage, c’est comme épouser une femme, il faut que cela soit fusionnel et il est nécessaire d’instaurer un climat de confiance ». Dans son discours, son vécu transparaît et révèle le lien étroit entre les deux parties. Accompagner, structurer, conseiller au mieux le projet sportif du footballeur, l’aider à prendre de bonnes décisions tout en veillant sur son éducation et en partageant les mêmes valeurs.

Conscient de certaines réalités, il rappelle qu’il est indispensable d’apporter un environnement sain au joueur : « J’essaie de travailler toujours main dans la main avec les parents car l’entourage est pour moi le premier agent. » L’intérêt des joueurs passe avant tout car l’objectif principal reste leur progression. 

Un métier en pleine mutation frappé par certaines dérives 

Le milieu du football évolue tout comme ses pratiques. « Le fait d’avoir supprimé la licence a créé un baby-boom d’agents et certains sont peu professionnels. » Pour Jean-Willy, on assiste à un football business. Les agents font passer leurs intérêts et les intérêts des clubs avant les joueurs. Le droit à l’image a été développé donc certains agents sont désormais propriétaires de certains joueurs. Les valeurs primordiales de la profession d’agent se font rares. L’essentiel est perdu de vue à savoir défendre son client envers et contre tout. « Notre rôle est surtout de croire en son joueur, le défendre, le protéger, l’amener au plus haut et ne jamais changer de camp » insiste-t-il . Le contexte actuel met en lumière toutes ses dérives qui nuisent au but véritable de la profession. « Je pense qu’aujourd’hui le métier d’agent est différent de ce qu’on a pu connaître il y a cinq ou dix ans. Il n’a plus rien à voir. »

Il conclut toutefois en précisant que c’est un beau métier. Il y a des avantages car on peut bien gagner sa vie à condition d’être rigoureux, structuré et de travailler avec abnégation. Il est important d’avoir aussi un temps pour soi et savoir prendre du recul. L’équilibre reste la clé pour la santé mentale. «Ma femme et mes enfants sont mon havre de paix, je peux m’y réfugier et passer à autre choseL’entourage est capital parce que lorsqu’on est sur un gros deal ou une affaire qui n’aboutit pas, on peut très vite polluer son environnement. Mes amis d’enfance notamment Akin Ngoy, entrepreneur et fondateur du cabinet Ngoy m’aide à rester positif et à garder la tête froide en période de trouble» confie Jean-Willy, très proche également de Pini Zahavi, connu pour ses nombreux transferts dont celui de Igalho à Manchester United.

Son actualité 

Cap vers un nouveau souffle et direction le sud-est de l’Europe. Depuis un mois, Jean-Willy est directeur sportif et directeur du football d’un club de D2 en Roumanie. « C’est une restructuration totale d’un club historique, qui a joué la coupe d’Europe quatre ans plus tôt. Je suis le premier noir de l’histoire à la tête d’un club de football roumain donc il y a vraiment une grosse pression et de grosse attentes pour ce club. » Le stade comporte une capacité de 20 000 personnes en comptant les fans. Chaque match est joué à domicile.

Pour l’avenir, il est confiant. Sa philosophie est de recruter des joueurs africains à forts potentiels et de s’entourer d’un bon staff. « Tout se passe bien. Je viens de signer avec un coach super avec qui je m’entends très bien, James McFadden, un ancien joueur écossais qui est une légende dans son pays. Notre dynamique est de travailler avec un staff très jeune et j’espère qu’on pourra continuer à progresser. » 

Comme tout bon sportif, il est animé par la soif de nouveaux défis. Pour lui, il était temps d’embrasser une nouvelle page de sa carrière. A l’aube de ses 30 ans, l’ancien joueur estime avoir fait le tour du métier d’agent. Il s’était fixé comme objectif d’être directeur sportif à 30 ans, mission accomplie un an avant la date butoir. « J’ai toujours voulu m’inscrire sur un projet sur le long terme et je trouve qu’en tant qu’agent on arrive vite à ses limites en terme d’ambition.  Bien-sûr, il est possible de gagner beaucoup d’argent, on peut côtoyer de très grands joueurs mais ça s’arrête là. Contrairement au poste de dirigeant d’un club où l’on peut accomplir des choses beaucoup plus grandes. C’est ce qui m’a passionné. »

La rupture avec son poste d’agent n’a tout de même pas été si facile mais Jean-Willy se projette vers de nouvelles aspirations. « C’est avec le coeur lourd que j’ai arrêté d’être agent car c’est un métier qui me plaisait vraiment mais je suis très excité pour la suite. Les dirigeants ont placé leur confiance en moi et le club a des ambitions très élevées, ça promet ! je suis une personne qui a toujours envie de passer des caps, et c’est le plus important pour moi. » Malgré les obstacles et les mutations liés au monde du football, l’ancien agent a su se réinventer là où personne ne l’attendait. 

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