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Le décollage de l’Afrique : A quand le Congo ?

Par Clint Zembo NSONSA, militant pour la cause africaine.

Comprendre la guerre au Congo : les fondements, les objectifs et les acteurs. 

A la base du mal congolais, il  y a un vol. Ce vol n’est pas seulement matériel, il est aussi culturel. Parce que, du point de vue éducationnel, les Congolais n’ont pas été, pendant très longtemps, suffisamment formés à pouvoir se rendre à l’évidence de ce vol et à prendre leur destin culturel en main. Ce sont : l’appauvrissement matériel et l’appauvrissement culturel généré par l’hégémonie culturelle occidentale qui ont appris aux Africains à pouvoir dire que leurs ancêtres étaient des Gaulois et qui ont contribué au décervelage de plusieurs Africains et à la rupture du pont qui existait entre les Africains et leur culture. 

Parce que quand on perd sa culture et ses traditions, on est aliéné. Le déracinement conduit à notre ensorcellement, à notre envoûtement. On n’a plus de consistance en nous, on perd même la fierté d’être nous-même. Et on préfère se voir comme l’autre nous voit. C’est ce qu’Aminata TRAORE appelle le viol de l’imaginaire. Ce viol de l’imaginaire s’est opéré pendant au moins cinq siècles. L’imaginaire africain a été violé au point que, souvent, quand nous, Africains, parlons, ce n’est pas nous qui parlons mais l’Occident qui parle en nous. Il y a donc un travail de la refondation de l’homme africain qui doit être réalisé, si nous voulons refonder nos pays. Voilà pourquoi le recours à l’histoire est très important.

Par ailleurs, la guerre menée contre le Congo et les Congolais depuis les années 1990 est à la fois une guerre de basse intensité, une guerre de prédation et d’agression. Une guerre de basse intensité c’est une guerre menée par l’impérialisme «  intelligent », mais cet impérialisme se sert de proxys pour pouvoir mener la guerre. C’est ainsi que la guerre du Congo parce qu’elle a été menée par l’impérialisme intelligent, qui a mis sur le devant de la scène le Rwanda, l’Ouganda, le Burundi et quelques Congolais, est une guerre de basse intensité. C’est-à-dire, une guerre menée par des proxys interposés. Cette guerre avait comme mobile la prédation, faire main basse sur les matières premières stratégiques du Congo. Parce que dans la doctrine de la sécurité nationale américaine, il y a non seulement le fait de pouvoir avoir accès aux matières premières stratégiques mais aussi le fait d’avoir accès aux marchés clés et aux énergies. 

Ainsi, au Congo Kinshasa, on organise des crimes pour pouvoir dépouiller ce pays. On passe par des bandits. Et comme c’est du vol, c’est devenu une guerre de prédation. Les Congolais ont été agressés par les Anglo-saxons. Mais on dirait que cette guerre a aussi une dimension raciste. En effet, il  y a une extermination systématique des Congolais. C’est un peu comme si nous avions affaire à une race qui ne devrait pas  exister sur cette Terre. Et le rapport Mapping de l’ONU sur les droits humains au Congo, publié le 1 er Octobre 2010, dit que quand on examine de plus près la façon dont certains crimes ont été commis, on serait tenté de croire à un génocide. Dans leur livre L’Occident terroriste, Noam CHOMSKY et André VLTCHEK parlent eux aussi du génocide congolais. Ils utilisent même le terme de super génocide. 

Enfin, les acteurs majeurs de la guerre menée au Congo sont : la Communauté occidentale (les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la France), l’ONU, le FMI, la Banque mondiale, les entreprises multinationales et transnationales. Mais les acteurs apparents, visibles de cette guerre sont : Paul KAGAME, Yoweri MUSEVENI et Joseph KABILA. 

Maîtriser les modes opératoires de l’adversaire : la production d’un Etat raté.

Les documents déclassifiés témoignent que la CIA avait programmé la déstabilisation de la politique congolaise pour quelques décennies («  The CIA’s programs of the 1960s distorted Congolese politics for decades to come ») à partir de 1960. Elle a tout mis en œuvre pour garder le Congo dans le giron occidental. En d’autres termes, le Congo a été transformé en ce qu’on appelle un Etat raté. Le concept d’Etat raté a été formulé par l’économiste Edward HERMAN. Un Etat raté est un Etat qui, pour avoir été soumis à la guerre militaire ou économique, devient incapable de pouvoir répondre aux attentes de sa population. Edward HERMAN définit l’Etat raté de la manière suivante : «  Par Etat raté, j’entends un Etat qui, après avoir été écrasé militairement ou rendu ingérable au moyen d’une déstabilisation économique ou politique et du chaos qui en résulte, a presque définitivement perdu la capacité ou le droit de se reconstruire et de répondre aux attentes légitimes de ses citoyens.

Un Etat raté est donc un Etat détruit dans ses fonctions régaliennes au point qu’il n’assure plus les droits sociaux, politiques, économiques et culturels de son peuple.

Refonder l’Etat congolais : créer un type de Congolais nouveau et réinventer le Congo.

Il faut que les Congolais rompent avec le complexe d’infériorité, né des paradigmes négatifs d’indignité que sont : la traite négrière et la colonisation. Le nouveau Congolais doit redevenir un être fier, fier de lui-même et un être capable de penser à partir du « nous ». Le nouveau
Congolais doit être un être qui rompt avec le nombrilisme qui l’enfermerait sur lui-même et qui s’ouvre à ce que l’un des philosophes africains, Tshiamalenga NTUMBA, a appelé la bisoité. Ce nouveau Congolais, au lieu d’être tout le temps en train d’exalter son moi, exalte le biso, le nous intégrant le moi. Pour que ce nouveau profil prenne corps, le Congolais a besoin de passer par une autre éducation et un autre apprentissage. Et les meilleurs lieux d’apprentissage qui pourraient faciliter cela sont les collectifs citoyens. Les collectifs citoyens sont des rassemblements de citoyens qui se rencontrent et débattent sur des questions historiques et vitales face auxquelles ils sont placés et essaient de pouvoir constituer, ensemble, des masses critiques capables de rompre avec un passé nihiliste ou un passé néantisant.

Car il est important de rappeler que le paradigme négatif de la traite négrière a défini le Congolais, l’Africain comme « un être sans » : un être sans âme, un être sans industrie, un être sans pensée, un être sans religion. C’est contre cette néantisation du Congolais, de l’Africain que la lutte doit pouvoir être menée dans ces collectifs citoyens. Et cela, dans le but de pouvoir recréer un autre Congolais et une autre Congolaise car se contenter de dire : « Nous aussi nous sommes des humains », ne suffit pas. Il faut le prouver en paroles et par des actions concrètes.

Quant au paradigme négatif de l’indignité qu’a été la colonisation, il a réduit l’homme congolais et la femme congolaise à leur plus simple expression : c’est-à-dire des bêtes de somme. Par conséquent, le nouveau profil du Congolais devrait être celui d’un être digne, d’un être qui lutte pour le respect de sa dignité en tant que Muntu *, en tant que Moto *. Et pour y parvenir, il y a tout un socle de valeurs sur lequel, cet Africain, ce Congolais doit pouvoir se refonder. Ces valeurs sont : la solidarité, la dignité, la coopération, la réciprocité. Se refonder sur ces valeurs-là peut l’aider à retravailler son profil psychologique et même éthique. 

Par ailleurs, le pouvoir politique n’a plus de sens au Congo Kinshasa. C’est la raison pour laquelle Jean-Pierre MBELU qualifie ce pouvoir de « pouvoir os ». Le pouvoir tel qu’il est  exercé au Congo est comme un os jeté aux chiens, aux nègres de service par les nouveaux cercles de pouvoir (les multinationales, les transnationales et les grandes banques) qui constituent une corporatocratie. La gestion de ce « pouvoir os » n’est pas organisée pour le bien des populations. 

Le décollage de l’Afrique

Comme l’a si bien dit Frantz FANON, l’Afrique a la forme d’un revolver dont la gâchette se trouve au Congo. Par conséquent, le devenir de l’Afrique dépend en grande partie de ce que les Congolais avec les Africains, pourront faire du Congo. Car les luttes menées par Kwame NKRUMAH, Thomas SANKARA et Patrice LUMUMBA ont été des luttes menées de manière isolée. Ainsi, si le Congo se refonde comme Etat, avec des élites organiques et structurantes, capables de pouvoir tendre la main aux autres élites des pays environnants et africains pour un panafricanisme des peuples, l’Afrique va décoller. Mais la mainmise sur les cœurs et les esprits au Congo retarde tout cela.

Par ailleurs, nous Africains nous sommes appelés à pouvoir entamer l’étape de la recivilisation. Cela va prendre beaucoup de temps parce qu’il y a eu ce phénomène d’envoûtement des cœurs et des esprits. Ainsi, nous devons passer par des voies thérapeutiques de désenvoûtement. Parmi ces voies, il y a l’école, une bonne école qui apprend ce que signifie le « Bomoto * », le « Bumuntu * ». Car si nous ne refaisons pas l’école pour que nos enfants et nos arrières petits-enfants réapprennent la cosmogénèse africaine, ce qui signifie être humain, afin que nous puissions refonder nos pays sur les valeurs de coopération, de solidarité et de fraternité, l’Afrique des Grands Lacs et le Congo risquent de disparaître. Nous devons pouvoir passer de ce phénomène de décivilisation au phénomène de la recivilisation qui doit tenir compte de la valeur de l’être humain et puiser dans la cosmogénèse africaine. 

Nous avons donc des devoirs et des responsabilités pour l’avenir. L’Afrique doit pouvoir renaître en se recivilisant. L’Afrique doit pouvoir renaître en essayant de pouvoir organiser une bonne intégration politique, sociale et économique. L’Afrique doit pouvoir se reciviliser en allant puiser dans la richesse de nos traditions pour voir comment vivre, pas simplement, entre nous Congolais, mais aussi avec nos voisins Africains. Parce que nous devons pouvoir déjouer le piège de l’adversaire qui instrumentalise le voisin pour entretenir sa guerre perpétuelle. En Tshiluba * il y a un adage qui dit :  » Muase nende, muanenu wa nyoko ». », ce qui veut dire : « Ton voisin est le fils de ta mère ». Nous devons donc pouvoir puiser dans cette tradition pour nous reconstruire et aider l’Afrique à renaître. Cependant, cette renaissance passera aussi obligatoirement par une justice transitionnelle.

L’Afrique doit renaître, c’est une obligation. C’est une responsabilité pour nous.

Source : A quand le Congo ?, Jean-Pierre MBELU

  • * Muntu du Kikongo (langue nationale en RDC) signifie être humain, personne.
  • * Moto du Lingala (langue nationale en RDC) signifie être humain, personne.
  • * Bomoto du Lingala signifie humanité, fait d’être un humain, humanisme.
  • * Bumuntu du Kikongo signifie humanité, fait d’être un humain, humanisme.
  • * Tshiluba : le Tshiluba est une langue nationale en RDC.

3 réflexions au sujet de « Le décollage de l’Afrique : A quand le Congo ? »

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