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10 mai journée nationale de l’abolition de l’esclavage

Par Sephora Lukoki Kapinga

Le passé nous sert de repère pour aller de l’avant. « C’est cette histoire longtemps méprisée de l’esclavage des Africains qu’on commémore le 10 mai. » Maryse Condé

Le 10 mai c’est la journée nationale de l’abolition de l’esclavage. Cette date correspond à l’adoption de la loi Taubira par le Parlement qui reconnait l’esclavage et la traite négrière comme un crime contre l’humanité. En 1848, Victor Schoelcher, sous secrétaire d’Etat aux colonies françaises décrète l’abolition de l’esclavage.

Tant de souffrances et de douleurs. Ce crime contre l’humanité est lourd de conséquences dans le monde entier. Cette période de l’histoire souvent bafouée mérite d’être plus mise en lumière et enseignée comme il se doit.
Le 13 mai prochain, le collectif du 10 mai Paris organise une journée débat et table ronde pour échanger sur « l’enseignement de l’esclavage dans les programmes scolaires« .

collectif 10 mai

Ce texte de Frantz Fanon intitulé Peau Noire, masques Blancs, paru en 1952, donne à réfléchir sur le passé colonial et la position de chacun vis-à-vis de l’Histoire:

Seront désaliénés Nègres et Blancs qui auront refusé de se laisser enfermer dans la Tour substantialisée du Passé.

Je suis un homme, et c’est tout le passé du monde que j’ai à reprendre. En aucune façon je ne dois tirer du passé des peuples de couleur ma vocation originelle.

Ce n’est pas le monde noir qui me dicte ma conduite. Ma peau noire n’est pas dépositaire de valeurs spécifiques.

N’ai-je donc pas sur cette terre autre chose à faire qu’à venger les Noirs du XVIIème siècle ? Dois-je sur cette terre, qui déjà tente de se dérober, me poser le problème de la vérité noire ? Dois-je me confiner dans la justification d’un angle facial ? Je n’ai pas le droit, moi homme de couleur, de rechercher en quoi ma race est supérieure ou inférieure à une autre race. Je n’ai pas le droit, moi homme de couleur de souhaiter la cristallisation chez le Blanc d’une culpabilité envers le passé de ma race. Je n’ai pas le droit, moi homme de couleur, de me préoccuper des moyens qui me permettraient de piétiner la fierté de l’ancien maître. Je n’ai pas le droit ni le devoir d’exiger réparation pour mes ancêtres domestiqués. Il n’y a pas de mission nègre ; il n’y a pas de fardeau blanc.

Je me découvre, moi homme, dans un monde où les mots se frangent de silence. Dans un monde où l’autre, interminablement, se durcit. Non, je n’ai pas le droit de venir et de crier ma haine au Blanc. Je n’ai pas le devoir de murmurer ma reconnaissance au Blanc. Il y a ma vie prise au lasso de l’existence. Il y a ma liberté qui me renvoie à moi-même. Non, je n’ai pas le droit d’être un Noir.

Si le Blanc me conteste mon humanité, je lui montrerai, en faisant peser sur sa vie tout mon poids d’homme, que je ne suis pas ce « Y a bon banania » qu’il persiste à imaginer. Je me découvre un jour dans le monde et je me reconnais un seul droit : celui d’exiger de l’autre un comportement humain. Un seul devoir. Celui de ne pas renier ma liberté au travers de mes choix.

Ma vie de doit pas être consacrée à faire le bilan des valeurs nègres. Il n’y a pas de monde blanc, il n’y a pas d’éthique blanche, pas davantage d’intelligence blanche. Il y a de part et d’autre du monde des hommes qui se cherchent. Je ne suis pas prisonnier de l’Histoire. Je ne dois pas y chercher le sens de ma destinée. Je dois me rappeler à tout instant que le véritable saut consiste à introduire l’invention dans l’existence. Dans le monde où je m’achemine, je me crée interminablement.

Vais-je demander à l’homme blanc d’aujourd’hui d’être responsable des négriers du XVIIème siècle ? Vais-je essayer par tous les moyens de faire naître la Culpabilité dans toutes les âmes ? La douleur morale devant la densité du Passé ? Je suis nègre et des tonnes de chaînes, des orages de coups, des fleuves de crachats ruissellent sur les épaules. Mais je n’ai pas le droit de me laisser ancrer. Je n’ai pas le droit d’admettre la moindre parcelle d’être dans mon existence. Je n’ai pas le droit de me laisser engluer par les déterminations du passé. Je ne suis pas esclave de l’Esclavage qui déshumanisa mes pères.

Moi, l’homme de couleur, je ne veux qu’une chose : Que jamais l’instrument ne domine l’homme. Que cesse à jamais l’asservissement de l’homme par l’homme. C’est-à-dire de moi par un autre. Qu’il me soit permis de découvrir et de vouloir l’homme, où qu’il se trouve. Le nègre n’est pas. Pas plus que le Blanc. Tous deux ont à s’écarter des voix inhumaines qui furent celles de leurs ancêtres respectifs afin que naisse une authentique communication. Avant de s’engager dans la voix positive, il y pour la liberté un effort de désaliénation. Un homme, au début de son existence, est toujours congestionné, est noyé dans la contingence. Le malheur de l’homme est d’avoir été enfant. C’est par un effort de reprise de soi et de dépouillement, c’est par une tension permanente de leur liberté que les hommes peuvent créer les conditions d’existence d’un monde humain.

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2 réflexions au sujet de « 10 mai journée nationale de l’abolition de l’esclavage »

  1. « Vais-je demander à l’homme blanc d’aujourd’hui d’être responsable des négriers du XVIIème siècle ? Vais-je essayer par tous les moyens de faire naître la Culpabilité dans toutes les âmes ? La douleur morale devant la densité du Passé ? »
    Question cruciale, veut-on continuellement faire des exercices mémoriels? des injonctions a la repentance a des personnes qui ne sont que les descendants? Car on est jamais responsables des fautes des parents a part si on y adhère (cf Déicide du petit peuple qui aurait parait-il beaucoup souffert)
    Il faut ajouter que la traite négrière, le commerce triangulaire n’a pas été le fait exclusif de l’Europe, l’Histoire ce n’est pas forcément les bons, les méchants. Quand va-t-on cesser de voir l’Histoire de façon manichéenne? A quand les livres d’Histoire sur l’esclavage des nègres par les Arabo-Musulmans (d’où le sentiment d’infériorité et la méfiance des Noirs par rapport aux arabes, beaucoup plus prononcé que sur l’homme blanc)? A quand les livres et les films sur l’esclavage pratiqué par leurs cousins ismaélites, j’ai nommé le peuple déicide?
    Quand va-t-on rappeler le combat énergique de la Sainte Église Catholique pour l’abolition de l’esclavage et pour l’adoucissement des peines quotidiennes de ces peuplades brimées notamment par l’apostolat de ces milliers de missionnaires partis au prix de leur vie faire briller l’Évangile de la loi de liberté de NSJC? Enfin les mesures prises par les Rois très Chrétiens français entre autres pour mettre fin a ce système ignoble et illuminer les âmes de nos pères par l’envoi de missionnaires dévoués.
    Mon propos est de dire que l’Histoire n’est pas tout blanc et tout noir c’est un enchevêtrement, une perpétuelle cohabitation entre le Bien et le Mal, jusqu’à ce que soit séparé l’Ivraie du Bon Grain a la Fin du Monde.

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  2. J’ajoute un autre aspect c’est que bien que les peuples d’Afrique Noire furent tous touchés, on ne saurait espérer une pseudo unité africaine, une conscience africaine juste au nom du dit esclavage.
    En effet, les langue, les ethnies, les tribus, les religions étant tellement diverses, et donc les intérêts souvent contraires et opposés qu’il faut plutôt chercher une conscience nationale. Aussi bien que le modèle Européen avec cette Babel mondialiste d’Union Européenne nous le démontre tous les jours une somme d’intérêts divergents ne saurait faire une unité et une conscience commune en dehors de ce qui unit fondamentalement et radicalement les hommes.
    Par contre le passé de l’Europe jusqu’au début du XVIe siècle prouve que cela peut exister et que si cela a existé pour ce continent cela peut exister pour notre beau continent et a maxima pour la terre entière.
    Encore faut-il retrouver ce qui unit fondamentalement les hommes et prier que soit hâté le temps ou « il n’y aura qu’un seul troupeau et qu’un seul pasteur. »

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