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A Kinshasa, la créativité des artistes est un symbole de résistance

Par Sephora Lukoki Kapinga.

Freddy Tsimba, sculpteur congolais. Crédits photo : @human_in_paris

« La créativité est puissante dans la capitale du Congo (RDC). L’art occupe une grande place à Kinshasa, qui est d’ailleurs une ville créative, une ville de performance composée d’un bouillonnement d’artistes » dixit Freddy Tsimba artiste sculpteur congolais dont l’œuvre exceptionnelle haute de près de 5 mètres « la porteuse de vie » est exposée au Palais Chaillot, une première depuis 1937.

Pour célébrer l’art africain, mardi dernier, l’espace Piasa a organisé à Paris la présentation du film « Système K comme Kinshasa » du réalisateur Renaud Barret en présence du sculpteur Freddy Tsimba. Après le succès de « Benda Bilili », Renaud Barret rassemble dans « système K » une génération d’artistes dans les rues de Kinshasa dit Kin.

Un artiste du film, Renaud Barret réalisateur du film « Système K » et Freddy Tsimba, artiste sculpteur congolais. Crédits : @humans_in_paris

Le film a été suivi d’un échange avec le public autour de la condition des artistes au Congo, la place des femmes artistes mais aussi le rôle de l’état en ce qui concerne l’art.

Freddy Tsimba, sculpteur congolais, présent aussi dans le film « système K » décrit la capitale comme un bouillonnement d’artistes. Son immense œuvre « la porteuse de vies » est actuellement exposée au théâtre national de Chaillot à Paris. L’établissement n’avait pas renoué avec cette tradition depuis 1937. Mais depuis cette année, l’art africain est à l’honneur avec cette œuvre monumentale représentée à l’occasion du soixante-dixième anniversaire de la signature de la Déclaration universelle des droits de l’homme.

Sa création a une symbolique particulière, fabriquée à partir de douilles de balles ramassées sur les lieux de guerres au Congo. Elle fait référence à la vie, aux femmes et à l’espoir. Car pour l’artiste, son envie c’est de « ressusciter des vies. » « La porteuse de vie » n’a pas de tête parce que c’est une femme universelle, fière d’elle, elle n’est pas défaitiste. Elle tient un livre à la main pour transmettre le savoir et l’éducation.

« La politique a divorcé du peuple », l’artiste ne bénéficie d’aucune aide de l’état

Un artiste, Renaud Barret réalisateur de « Système K » et Freddy Tsimba, sculpteur congolais. Crédits : @humans_in_paris

Au cours de cet échange, Renaud Barret et Freddy Tsimba développent plusieurs pistes de réflexions liées à l’art à Kinshasa. Notamment le rapport de la population à l’art mais également comment éduquer la jeune génération et les intéresser? Dans un contexte où l’état n’aide pas les artistes, comment font-ils pour accroître leur visibilité ? « La politique a divorcé du peuple » constate Freddy Tsimba. Cependant, « la créativité est puissante à Kin. »

« Mais les gens riches préfèrent acheter de la décoration dans les boutiques des chinois plutôt que d’investir dans des artistes locaux. » Le constat est difficile mais réel. Il y a forcément des mécènes mais pour le moment les artistes ne bénéficient pas de leur aide. Mais Freddy et les autres artistes sur place tentent de faire bouger les choses. « On essaie de s’organiser et mettre en place une structure, on doit résister. »

En ce qui concerne la liberté des artistes. Elle est certes moindre mais comme le révèle Renaud Barret, installé au Congo depuis près de 15 ans : « au Congo, il y a plus de risques, et moins de liberté mais les gens sont très créatifs. En Europe par contre c’est le contraire, les risques sont moins élevés et la liberté est plus grande. » À ce constat Freddy ajoute : « dans le manque, certaines personnes font des choses magnifiques»

Malheureusement, malgré leur production originale, tous les artistes ne sont pas reçues avec enthousiasme. C’est le cas de Géraldine, une des artistes du film. « Elle travaille dans la souffrance, dans la nuit, elle est totalement consumée par son travail. Il y a peu d’artistes femmes au Congo, elles sont accusées de ndoki (sorciers), les gens s’en méfient » explique le réalisateur.

Selon lui, la magie de Kinshasa c’est l’art et il faut promouvoir les vibrations de cette ville spéciale. D’ailleurs pour lui, Kin ressemble à New-York dans les années 80. « Dans tous les quartiers, il y a des gens hyper talentueux, des gens vivant une grande souffrance mais en même temps, ces mêmes personnes développent une grande créativité. »

La République Démocratique du Congo est en proie à une violence sans nom. Son sol regorge de minerais, de cobalt, de coltan, de diamants et d’autres richesses qui attirent la convoitise des grandes puissances, des pays voisins, des rebelles… Plusieurs conflits mortels terrassent le peuple harrassé par la souffrance mais malgré tout il tente de résister.

Souvent par l’art, les artistes s’expriment et se battent pour leur avenir.

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