Accueil·Actualités·culture·littérature·société

Hashley Auguste : « Avec Little Nappy, je valorise la diversité et développe l’estime de soi »

Par Sephora Lukoki Kapinga.

Little Nappy, c’est le titre du premier livre d’Hashley Auguste. L’auteure retrace le parcours d’une petite fille nommée Hashley comme l’écrivaine. Cette dernière, victime de moqueries de la part de ses camarades de classe, apprend à aimer ses cheveux naturels grâce à sa mère. D’où le titre « Little Nappy ». Un thème majeur ancré dans une volonté de revaloriser les afrodescendants et surtout de permettre davantage de représentations de personnages issus de la diversité dans les livres jeunesse. Dans la littérature pour enfants, 9 livres sur 10 représentent des enfants blancs.

Hashley défend l’importance d’avoir des héros noirs pour s’identifier et développer l’imaginaire de l’enfant. Un moyen de célébrer la différence et de rappeler des valeurs essentielles comme la tolérance. La petite Hashley est d’ailleurs définie comme une « copine à ton image« . Moyen d’interpeller les petites filles et de leur montrer une héroïne qui leur ressemble. Décrire la réalité telle qu’elle est, c’est révéler une image du monde où chaque individu doit être représentée.

L’auteure propose aussi des solutions pour lutter contre les jugements identitaires. Plus qu’un simple livre, c’est un devoir de transmission et un guide pour les générations futures. D’ailleurs, elle interviendra ce samedi 1er juin à Paris pour la conférence organisée par le monde de Jahi dont le thème est « la nécessité de la représentativité dans les productions jeunesse« .

Livre jeunesse Little Nappy d’Hashley Auguste

Pour mieux comprendre sa démarche, je suis donc allée à la rencontre de l’auteure Hashley Auguste. Entretien.

Hashley Auguste, auteure de Little Nappy

Qui es-tu ? 

Je m’appelle Hashley Auguste, j’ai 26 ans et je suis d’origine haïtienne. J’ai fait une licence LEA et une école de commerce ESCI (pendant deux ans option marketing international). Actuellement, je suis conseillère en insertion professionnelle. Ma profession rejoint mon projet principal qui est Little Nappy car je suis en charge de la suite de ce public c’est-à-dire les 16-25 ans. Je vois les dérives des personnes qui n’ont pas confiance en elles et cela me pousse à écrire dans ce sens là.

Quel est ton projet ? 

Il s’agit de la création d’un personnage animé dans le but de développer l’estime de soi dès le plus jeune âge. Je m’adresse à ma communauté mais je m’adresse aussi à la diversité en générale. J’ai choisi de mettre en évidence un personnage noir en rapport avec mon histoire personnelle et aux discriminations subies par les enfants dans la cour de récré. Dans mon livre « Little Nappy », je valorise la diversité en générale car l’héroïne est entourée de personnes qui lui ressemble dans la cour de récré. Elle retrouve plusieurs origines dont des asiatiques, des maghrébins, des européens…

Parle-nous de ton livre « Little Nappy » ?

Le livre est sorti en décembre 2018. Il met en avant l’estime de soi et la tolérance. L’héroïne s’appelle Hashley et elle a 7 ans et demi. C’est un livre destiné aux enfants entre 5 et 12 ans. Hashley se pose des questions sur sa différence en particulier ses cheveux crépus suite à une réflexion entendue à l’école. Elle en parle à sa mère et chaque soir sa mère lui apprend à aimer ses cheveux donc sa différence. D’où le titre « Little Nappy, maman m’apprend à aimer mes cheveux ».

Quel a été le déclic pour t’engager ?

A la base je voulais faire un dessin animé. J’avais fini mes études dans le marketing mais je ne souhaitais pas y faire carrière. Je me suis dirigée vers une formation pour les entrepreneurs en passant par la mission locale. J’ai donc intégré une formation d’accompagnement des entrepreneurs en novembre 2018. Les personnages noirs ne sont pas assez représentés. Je me suis dis qu’avant même les dessins animés, il n’y en a pas non plus dans les livres donc je me suis lancée dans l’écriture de « Little Nappy ». Dans mon entourage, je me suis aussi rendue compte de la nécessité d’agir pour plus de représentations de la diversité.

Mes nièces et ma petite soeur ont été victimes de certains propos discriminatoires à l’école. Lorsque j’étais à l’école primaire, en CE2 exactement, on m’a déjà dit : « tes cheveux ressemblent à de la paille », « tes cheveux sont moches ». Il y a un an, ma petite soeur était en CE1, un jour elle est rentrée à la maison en me disant : « il y a une fille qui m’a dit que j’étais un singe. » En entendant cela, j’ai immédiatement fait un travail avec ma petite soeur en la rassurant et lui rappelant sa réelle identité loin de toute association animale. Je lui ai expliqué que l’ignorance pousse certaines personnes à avoir des propos blessants.

Réalisé par asb graphisme

Pourquoi les enfants ? 

Il ne faut pas sous estimer les enfants, ils voient tout et ils entendent tout. Je voulais aller à la racine de ce problème identitaire. Dès le départ, il est important de façonner la pensée des enfants et que cette pensée soit positive. J’avais lu un livre qui s’appelle « les 5 blessures« . Apparemment tout commence dès l’enfance et l’environnement a un impact. Donc si depuis toute petite j’entends par exemple : « je suis noire, je suis moche », j’aurai peur car je me dirais « je ne suis pas légitime, je ne suis pas capable de réussir, je ne suis pas blanche », cela aura forcément des conséquences négatives sur le parcours de la personne.

Pour de nombreuses personnes, le clair se rapproche du blanc, donc plus c’est clair mieux c’est. Ce classement inconscient est ancré dans la société. Ce sont les conséquences du colonialisme et c’est une autre forme d’esclavage. Pour illustrer cette pensée commune, une vidéo de la poupée clarke montre une petite fille qui a le choix entre une poupée noire et une poupée blanche. Cette dernière choisit la poupée blanche en disant que la blanche est gentille, et la poupée noire est méchante. C’est mental et psychologique. Malheureusement, il y a encore ce rapport d’infériorité, ce rejet et ce besoin de ressembler aux blancs, il y a ce résidu dans la pensée commune. D’ailleurs, les produits éclaircissants sont les plus vendus en Afrique et cela relève d’un complexe.

Little Nappy en Afrique ? 

Je voulais que Little Nappy dépasse les frontières. Pour le moment, il est seulement en anglais et en français. Mais j’ai envie de toucher les enfants en Afrique, pour développer l’aspect lecture. En Europe, je travaille plus le côté diversité car la lecture est bien présente mais les livres ne représentent pas tout le monde. Tout commence dès petit, dans l’éducation. La lecture est importante. Je désire donc favoriser la lecture en Afrique et plus particulièrement dans les villages. Je me suis rapprochée d’une association au Bénin qui s’appelle « Les hirondelles de l’avenir » et « Manassé » au Congo Kinshasa. Au Royaume-Uni, aux Etats-Unis, il y a aussi ce manque de diversité dans les livres. Car dans les maisons d’éditions, si on ne retrouve pas d’éditeurs noirs, on ne peut pas s’attendre à avoir des héros noirs dans les livres. 

Quels ont été les retours ?

Les retours ont été très positifs. J’avais fait un financement participatif sur Ulule. Sur instagram, j’ai reçu de nombreux témoignages de mamans qui ont beaucoup apprécié. J’envisage de faire des ateliers à l’école, j’ai déjà eu une validation, maintenant à moi de déterminer la date selon mon emploi du temps.

Comment s’est passé l’édition du livre ?

J’ai trouvé une maison d’édition qui s’appelle « Roots Edition ». Je suis à compte d’auteur, donc j’avance les frais. Pour la vente, je participe à des salons, je le vends en ligne via le site internet www.littlenappy.com et celui de l’éditrice. Il est aussi disponible dans la boutique Nofi Store.

Connais-tu d’autres auteurs liés à ton engagement ?

Je fais partie d’une association nommée DIVEKA qui a pour but de mettre en avant la diversité au sein des livres et des jouets de façon positive. J’ai lu plusieurs auteurs dont la pionnière Laura Nsafou, auteure d’« Un million de papillons noirs », un livre à succès retraçant l’histoire de la petite Adé, qui subit des moqueries sur ses cheveux et qui avec l’aide de sa mère parviendra à découvrir la beauté de ses cheveux naturels. Mais aussi, Ophélie, auteure de Kanika, une petite fille qui découvre la cuisine et sa culture africaine lors d’un voyage en Afrique où elle y rejoint sa grand-mère.

Quelle est la suite de tes projets ?

J’aimerais proposer une édition de jouets, de livres, faire des ateliers lecture, un dessin animé  et pourquoi pas lancer une poupée? Le deuxième livre sera aussi avec le papa afin de mettre à l’honneur la relation père/fille.

Parle-nous de ton dernier atelier

J’ai fait un atelier à Nice. En premiere phase, on a fait une lecture du livre et à chaque page, on partage ensemble. Ensuite on a fait une session confection d’élastique et enfin les paroles positives à répéter. Les mamans étaient émues. L’idée étant de se définir avant que les autres ne nous définissent. Je dois savoir que je suis belle et proclamer cette identité. Selon moi ce projet répond à un besoin selon le coeur de Dieu car il nous a créé parfaitement. Et si nous renions notre identité, nous renions la création de Dieu de lui-même. Un diplôme a été délivré à chaque petite fille afin qu’elle se souvienne de ce jour.

Quelles solutions proposes-tu ? 

Il faut prendre les bonnes habitudes. Prendre du temps pour la lecture et avoir de bonnes paroles. Petite, moi j’étais habituée à regarder la télévision, j’ai commencé à lire tard en débutant mon école de commerce.

La lecture est importante et j’ai pu observer ces bienfaits sur les enfants : enrichissement du vocabulaire, ouverture d’esprit, développement de l’imaginaire… Lire en public est aussi nécessaire pour les mettre en confiance et les pousser à s’appliquer à haute voix. Il faut continuer de mettre en avant des personnages noirs car cela inspire les enfants. Par exemple, quand tu vois un président noir tu prends conscience que c’est possible, la fille de ma meilleure amie a cinq ans et veut aussi écrire un livre depuis qu’elle a vu Little Nappy. 

Un dernier mot ? 

Il faut que « Little Nappy » soit une référence comme Barbie, Martine, les Malheurs de Sophie.  Notre différence est une richesse. Notre double culture est un avantage. A l’école, étant petit on a honte de ces critères alors qu’on est bilingue d’office. C’est un plus à ne pas négliger. On ne s’en rend pas compte car c’est tourné de façon négatif. Mais grâce à cet engagement pour plus de représentation, on tente d’apporter plus d’équité et de légitimité dans le monde du livre.

Retrouvez Hashley sur :

Le site : www.littlenappy.com

La page Instagram : @littlenappy_

La page Facebook : Little Nappy

Retrouvez Hashley ce samedi 1er juin :

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s