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Critique cinéma sur le dernier film de Tarantino, Once upon a time in Hollywood.

Par Yacine Abdouloihab.

Star adulée des Westerns spaghetti des années soixantes, Rick Dalton, le personnage de Leonardo di Caprio est marqué par le doute. Devient-il un acteur has been ?

Sa doublure et fidèle cascadeur Cliff Booth, joué par Brad Pitt ne cesse de soutenir son acolyte en perte de confiance. Homme à tout faire, ce héros de guerre aussi dangereux que mystérieux, mène une vie de bohème dans une caravane avec son chien, au gré des rôles que décroche son ami et patron Rick Dalton. Ce dernier, qui a du mal à relancer sa carrière, se distingue surtout par son caractère désinvolte, névrosé et imbu de sa personne, sauf quand il s’agit de son fidèle acolyte Cliff Booth, qu’il semble lui vouer une totale admiration et une confiance absolue.


On sait que Tarantino a baigné dans cette fin des années 60, qui a connu les perpétuels changements sociétaux et combats politiques que ce pays a connus. De la guerre du Viêt-Nam, à la contestation hippie, à l’avènement des psychotropes et de toutes sortes d’opiacées en tout genre, en passant par la sordide affaire Charles Manson qui bouleversa Hollywood et qui constituera la trame narrative de ce neuvième opus tant attendu.
Mise à part le titre qui fait évidemment référence au film cultissime de Western de Sergio Leone, Once upon a time in the west, on retrouve cette ambiance Western spaghetti lors de la première rencontre entre Cliff Booth et la secte de Charles Manson, dans ce lieu presque désertique qui évoque effectivement une atmosphère sinistre, où règne une tension très palpable, précédant un combat inéluctable.


Ainsi, on sent que l’année 1969 et les années 70 furent décidément l’inspiration fondamentale pour Tarantino, afin de représenter l’ambiance tourmentée de ces périodes riches en événements historiques, mais aussi un moyen plus profond d’assumer sa vision très personnelle de sa conception du Cinéma. Le réalisateur de Kill Bill, remet encore l’accent sur le genre uchronique au goût du jour, à l’instar d’Inglourious Basterds, qu’il met volontairement en scène par des clins d’œil ininterrompus dans ce film, mais nous paraît plus abouti et plus complexe qu’avec les chasseurs de nazis. De plus, en terme de points communs, on n’est pas à un lance-flammes près, de se débarrasser des ennemis redoutables à un moment où le téléspectateur s’y attend le moins et étrangement, ces scènes ultraviolentes ont le don de nous procurer un sentiment de jouissance et d’extase puisqu’il a toujours le génie de rendre la violence amusante, hilarante, fun et même cool aux yeux des moins avertis. Pour appréhender ce nouvel ovni, il me semble nécessaire de mettre en lumière le procédé de mise en abîme qui illustre sa façon de rendre hommage au septième art qui lui a tout donné, mais encore, ça lui permet d’assumer et d’assouvir d’une certaine manière cette passion qui vire continuellement à l’excentricité.


Au-delà des faits réels avérés, comme bien évidemment, l’affaire Charles Manson qui nous intéresse tout particulièrement dans ce film, on peut souligner la scène de combat entre Bruce Lee et Cliff Booth qui fût mémorable, même si elle ne dura pas longtemps, et qui n’est pas sans rappeler la confrontation entre Bruce Lee et Chuck Norris dans la Fureur du dragon. On sait que Bruce Lee coachait plusieurs acteurs à cette époque tels que, Steve Mac Queen et aussi Roman Polanski, d’où le nécessité entre autre pour Tarantino, de mettre en scène le héros du jeu de la mort. On a l’impression que Tarantino s’est amusé à inverser les rôles en référence à la fureur du dragon, en faisant un parallélisme subtil qui tend à donner cette fois-ci, le mauvais rôle à Bruce Lee, puis en laissant Brad Pitt endosser celui du héros discret et téméraire. Dans la fureur du dragon, Chuck Norris incarnait le méchant américain, qui symbolisait un peu une certaine image de l’arrogance américaine et finira par mordre la poussière sous les coups d’un Bruce Lee déchaîné. Chez Tarantino, c’est Cliff Booth qui donnera une petite leçon à Bruce Lee, dans un combat majestueux qui laissera le téléspectateur bouche bée, puisqu’on n’avait jamais vu à l’écran, l’icône Bruce Lee se faire battre et humilié de la sorte. Voir une telle légende dans cette posture victimaire, démystifie littéralement le personnage dans notre mémoire collective en l’espace de quelques minutes. L’expert en kung-fu qui se fait maltraiter par un ancien G.I, accusé tout au long du film d’avoir tué sa femme. Le palmarès peu glorieux de notre ancien héros de guerre, rend la situation ironique, voire comique dans le sens où l’on se demande réellement la probabilité de ces faits. Peu importe ! Après ce combat, l’image de Cliff Booth en sort définitivement grandi car on le verra sous un autre jour, c’est-à-dire comme celui d’un homme quasiment invincible et sans peur.

Cette fameuse scène de combat en dit long aussi sur la passion absolue de Tarantino pour les films de Kung-fu des années 70-80. Le levier de la pop culture fait mouche à chaque fois qu’il s’en sert pour amuser le téléspectateur. En convoquant des icônes légendaires des arts martiaux tels que Bruce Lee et déconstruire le caractère presque sacré du personnage montre l’étendue de son talent. Le bonhomme n’en est pas à son premier coup d’essai, car il l’avait déjà expérimenté dans Inglorious Basterds et Django unchained. En prenant des thèmes historiques d’une gravité suprême, tels que l’esclavage des noirs et la Seconde guerre mondiale et réussir à en faire un film ludique, fun et cool démontre l’authenticité, la maîtrise de ses scripts qu’il met en œuvre, sa qualité d’écriture et sa formidable capacité d’adaptation à toutes les époques. On peut en dire autant sur la bande originale du film qui demeure pour lui, un chapitre tout aussi important que le script lui-même.

La compilation de morceaux savamment orchestrée dans la bande originale du film sert d’abord à planter le décor de ces années folles. Mais quand on sait pertinemment l’importance de la musique dans ses films, c’est presque un euphémisme que de dire qu’elle donne une migraine assourdissante au téléspectateur puisqu’à chaque fois que Brad Pitt ou un autre personnage conduisait une voiture, c’est un brouhaha incessant de chansons étriquées, mêlant les tubes intergénérationnels qui passent de Mrs Robinson, au légendaire Treat her right de Roy head, à l’excellent California dreamin’, et j’avoue que c’est bien la seule chanson originale que j’ai réellement appréciée. On peut remarquer que Tarantino a pris soin de prendre la version revisitée de California dreamin’, interprétée par José Feliciano et cela donne un côté sombre et mélancolique. La douce noirceur de cette chanson remixée, enlève subitement cette légèreté caractéristique à la frivolité et à l’insouciance des années yéyé correspondant à la version originale du groupe The Papa’s and the mama’s. Dans cette partition quasi tarantinesque, le sens du détail est poussé à l’excès, comme à son habitude, avec en prime, un petit clin d’œil à son premier film, Reservoir dogs lorsqu’il laisse le soin de faire croire au téléspectateur que l’on est en train de zapper les stations de radios dans la voiture.

Ce n’est pas tant la qualité des morceaux choisis qui me pose problème, mais la façon dont il les a agencés. On a comme l’impression qu’il veut tellement nous impressionner, de par son incroyable répertoire de chansons de cette époque qui lui rappelle sa jeunesse, que ça le dessert malheureusement. Trop pédant à mon goût, puisqu’on a déjà eu droit à ce foisonnement musical des sixties et des seventies, dans Reservoir dogs, Jacky Brown, Pulp Fiction et dans Death proof (Boulevard de la mort), ce qui frôle désespérément à la prolifération auditive. Cela sonne comme un éternel recommencement dans ce genre d’exercice qu’il apprécie particulièrement, mais ça ne l’effraie absolument pas. D’ailleurs, c’est mal le connaître, car il a toujours le don d’enfoncer le clou, comme si cela ne suffisait jamais. En reveux-tu, en revoilà, car lorsqu’on pense que c’en est trop, c’est là que l’on se rend compte que les effets redondants et grandiloquents font partie intégrante de sa panoplie d’écriture scénaristique. Oui, Tarantino n’est pas un réalisateur comme les autres et il l’assume totalement.


L’image de la femme dans ce film, passe tout d’abord par les icônes très souvent représentées dans la plupart des films de Tarantino, celles de femmes fortes, charismatiques, avec du caractère et un physique très avantageux. Et pour preuve, on peut citer les films Kill Bill, Kill Bill 2, Jacky Brown, Pulp fiction et Boulevard de la mort, qui mettent en évidence cette typologie bien définie. La fin des années 60 sonne comme la fin d’une désillusion pour une jeunesse américaine, désenchantée, impuissante face à une politique de répression qui prône nécessairement la guerre. Car malgré la contestation hippie et leur désir utopique et pacifique, le désenchantement déteindra fatalement sur la réalité sociologique du moment. La désobéissance civile prendra un tournant déterminant puisqu’il pousse d’une certaine manière, vers le goût du subversif et libertaire, dans le paradigme cinématographique, emportant avec elle, la révolution féminine et leur désir ardant de liberté. A l’écran, la façon dont les femmes sont mises en avant, caractérise l’apanage de la femme moderne chez l’excellente Margot Robbie, Dakota Fanning et Margaret Qualley.

Cette dernière en est le parfaite illustration de la femme libre, avec sa beauté sauvage, par sa fougue et son impertinence, même si officiellement dans le film, elle a été manipulée par « Charlie ». Et que dire de la délicieuse et élégante Margot Robbie dans la peau de Sharon Tate, qui hypnotise carrément la caméra, sans toutefois laisser un seul instant le doute au téléspectateur sur son destin. Et c’est là qu’intervient la magie du scénario uchronique qui va opérer un twist final, sauvant par la même occasion, la vie de Sharon Tate, censée mourir massacrée à coups de couteaux dans la vraie histoire. Justement, durant tout le film, on a un regard tristement contemplatif sur cette dernière, à l’idée de la voir sauvagement tuée à ses huit mois de grossesse. On peut néanmoins saluer encore une fois, la qualité scénaristique qui pouvait certes, laisser présager une deuxième confrontation entre la secte composée de toutes ces jeunes femmes et Cliff Booth. Mais c’est sans doute, le jeune Tex Watson, adversaire présumé coriace comme nous le montrait sa longue chevauchée, digne des westerns spaghettis de l’époque, venant au secours de son ami qui se faisait casser la gueule par Cliff Booth pour avoir crevé les pneus de sa Cadillac, qui se présentait clairement au-dessus de la mêlée.


Par conséquent, la dernière scène de combat macabre entre la secte de Charles Manson et Cliff Booth, vient boucler l’histoire d’un fait divers sordide qui a marqué les esprits par son extrême violence jusqu’à nos jours. C’est comme si Tarantino voulait rendre justice à sa manière, en vengeant la mort de Sharon Tate, Steven Parent, Jay Sebring, Wojciech Frykowski et Abigail Folger. Non sans une pointe d’ironie et d’humour noir, comme il en a l’habitude de distiller lors de ses scènes finales, qui finissent très souvent en apothéose dans une violence inouïe. Cliff Booth, même sous l’emprise de la drogue, va narguer la bande de Charles Manson, dans des scènes rocambolesques, qui frisent presque un genre de gore comique, où la férocité et la sauvagerie frénétique des images n’ont d’égal que l’horreur irascible que ses jeunes assassins ont commise réellement. On atteint une violence paroxystique lorsque Cliff Booth fracasse le crâne de l’une des assaillantes, ou lorsqu’il jette une boîte pleine de pâté pour chiens qui s’enfonce dans la bouche d’une de ces femmes et ordonne à son molosse d’attaquer cette dernière. Le clou du spectacle finit par une mort surréaliste, de cette pauvre femme dévisagée par le bestiau qui ressemble à un zombie, en finissant brûlée vive par Rick Dalton à l’aide de son fameux lance-flammes. Héros malgré-lui, le personnage de Rick Dalton est à l’image de son rôle, celui d’un personnage caricatural, clownesque, toujours dépassé par les événements et pourtant, il arrive miraculeusement à utiliser un lance-flammes avec lequel il n’était pas à son aise auparavant, en carbonisant cette jeune dégénérée dans sa piscine. Cette fin inespérée et complètement inattendue, avec cet effet de retournement dans la mesure où, l’uchronie prend à revers ce fait divers qui laissait présager un long chemin de croix, pour le spectateur ennuyé et sevré d’actions durant ces deux heures et demi de temps. Fallait-il prendre autant de temps pour la mise en abîme ?

Toujours est-il que Tarantino l’assume complètement, d’une certaine manière, afin de donner plus de profondeur à ses personnages. Tarantino excelle dans son art parce qu’il a toujours su nager parfaitement à contre-courant et ce n’est pas plus mal. A l’heure où les blockbusters sur-vitaminés des superhéros Marvel règnent en maîtres sur le box-office mondial, les bonnes vieilles références culturelles des sixties et des seventies donnent une dimension réaliste et à la fois ludique dans cette histoire dramatique. Ce film peut être perçu comme un pied de nez à tous ses détracteurs. En se servant de la pop-culture, des films à rallonge, de l’uchronie, des fins ultraviolentes, le réalisateur de Reservoir dogs prouve une fois de plus, qu’en appliquant les mêmes recettes qui ont fait son succès, il arrivera à marquer définitivement son style et son art dans le panthéon des réalisateurs les plus prolifiques et les plus atypiques de sa génération.

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