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RDC : A Goma, les vendeuses des grands marchés font face aux nouvelles restrictions données à cause du Covid-19

Par David Kasi.

Depuis le mercredi 20 Mai et ce jusqu’au 3 juin, le port du masque était obligatoire, surtout dans les lieux publics notamment à Goma en République démocratique du Congo pour limiter la propagation de la Covid 19. Les vendeuses devaient donc s’adapter pour échapper aux amendes des policiers.

Les vendeuses des grands marchés, très concernées par ces nouvelles restrictions se forcent, tant bien que mal, à les respecter en portant des cache-nez pour contourner les amendes de la police nationale congolaise. La crise sanitaire a un impact considérable sur leurs revenus et elles ne bénéficient d’aucune aide.

Vue d’entrée au marché Maman Olive, Goma, RDC. Crédits : @Davius Faranga

La ville de Goma, située à l’Est de la RDC, est constituée de plusieurs grands marchés. Parmi ceux-ci, figurent le marché central de Goma dit « marché Virunga » ou encore le marché « Maman Olive Lembe », en hommage à l’ancienne première dame de la république. Depuis l’avènement du coronavirus, ces deux marchés, envahis par la foule avant, observent une baisse considérable de fréquentations dues évidemment à la crise économique.

Vendeuse des légumes au marché Maman Olive Lembe, Goma, RDC, Crédits : @Davius Faranga

Les commerçantes qui y marchandent en attestent et se soumettent, malgré tout, aux règles édictées par l’autorité provinciale, à savoir : le port de masques obligatoire et le couvre-feu entre 20h et 5h du matin. Subséquemment de ce qui précède, les vendeurs et acheteurs doivent respecter la distanciation sociale et le lavage des mains fréquents. Sur les entrées de ces deux marchés, des gros Tank, réservés à la conservation de l’eau, sont observables.

Le cache-nez, une protection davantage contre la police que pour le coronavirus ?

La distanciation sociale est quasiment difficile à respecter dans les marchés en ville touristique. La majorité des pratiquants de ces marchés survit grâce aux rétributions journalières. Les habitants respectent les gestes barrières notamment, le lavage des mains puis le port de masque sont le plus respectés.

Mais les vendeuses se disent les porter, pas pour se protéger contre la Covid, mais pour éviter les amendes de la police congolaise, qui se charge de l’exécution de ces nouvelles restrictions. « Je porte seulement mon masque quand j’aperçois un policier de loin » avoue Esperance Kabuho, vendeuse de légumes au Marché Virunga.

Accommodant ses légumes, elle poursuit : « Si on m’attrape sans cache-nez, on peut me faire payer 5000 FC jusqu’à 25 000 FC ». Sa voisine à coté, Nathalie Mutiki, vendeuse d’épices, elle ne peut pas discuter avec ses clients avec masque à la bouche. « Il n’y a pas moyen qu’on marchande en portant le cache-nez. Comment dois-je parler avec mes clients ? » S’interroge-t-elle. « Je le dépose à chaque fois qu’un client arrive. En le portant chaque fois, cela m’essouffle », insinue Nath.

Vendeuse de pommes de terre avec un cache-nez en tissu lavable au marché Maman Olive, Goma, RDC. Crédits : @Davius Faranga

Au marché « Maman Olive Lembe », par exemple, le prix varie selon l’endroit et si le port du masque est respecté. « Si on te surprend sans cache-nez dans le marché c’est 5000 FC, une fois à l’extérieur le prix est de 15 000 ou 25 000 FC », raconte Irene Kavira, vendeuse de vêtements pour enfants. Habituée à l’intimidation policière, Kavira ne porte pas un cache-nez malgré qu’une de ses amies dans le quartier ait contracté une amende. Tout comme Kavira, plusieurs marchands préfèrent plutôt garder leurs masques à la portée de main, laissant le visage nu, au risque de ne pas être harcelés par la police, qui a déjà forgé une mauvaise réputation de corruption au sein de la population.

Un homme vendant des petits points au marché Maman Olive, Goma, RDC. Crédits : @Davius Faranga

Les couturières sortent bénéficiaires de la crise

«  Il ne faut jamais désespérer dans la vie, qui aurait cru que l’Etoile du cache-nez brillerait ? ». Cette phrase est l’une des plus virales sur les réseaux sociaux pour évaluer la demande excessive des masques. Comme partout à Goma, les couturières voient leurs ventes augmenter. En effet, ce sont elles les sources de procuration de masques fabriqués avec du tissu lavable. « Il y a partout des tailleuses dans les marchés. C’est d’elles qu’on achète les masques entre 500 FC et 1000 FC », déclare Esperance Kabuho.

Assise sur un tabouret en train de coudre sur sa vieille machine, Mama José est tailleuse depuis 4 ans.

Tailleuse en train de coudre des masques au marché Maman Olive, Goma, RDC,
Crédits : @DaviusFaranga

Elle vit ses plus beaux jours grâce à la vente de caches-nez, qu’elle vend au détail grâce aux petits enfants qui l’aident dans l’écoulement de ses stocks. « On coud beaucoup de masques en tissus de pagnes depuis le début des nouvelles restrictions. J’en vends au moins 50 par jour à un prix allant de 500 à 100, selon les gouts du client et la qualité du produit », martèle-t-elle. Ayant déjà des concurrents directs, certaines couturières préfèrent rabaisser le prix à 200 FC ou 300 FC. Mais par ce prix, la qualité et le confort ne sont plus au rendez-vous.

Le Nord-Kivu, dont Goma est le chef-lieu, compte 43 cas (données du 30 Mai) positifs du Covid-19. Postérieurement aux difficultés économiques qui n’ont pas, jusque-là, trouvées gain de cause, la hausse du taux de change est apparue. Dans ces grands marchés, comme partout dans la ville, le taux troque entre 1950 ou 2000 FC pour 1 dollar américain. Pour Jules LUBUGO, président du marché « Maman Olive Lembe », la hausse de ce taux est le seul point noir de la sensibilisation. « J’ai sensibilisé table par table en ce qui concerne les nouvelles restrictions. Elles sont vraiment respectées. Le seul point qui nous dérange tous, avec les vendeurs et acheteurs, c’est la hausse du taux de change », déclare-t-il avant de faire une clochette d’alarme au gouvernement national. « Nous demandons à l’Etat de redresser le taux pour atténuer la crise déclenchée par cette pandémie car leur devoir est d’assurer la bonne survie de tous les congolais »

En plus des amendes, les contrevenants sont suspendus jusqu’à deux jours d’activités dans le marché et la fermeture de leur table d’étalage par ce président. 

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