Le siège des Kivu

La République Démocratique du Congo vit depuis quelques lustres des épisodes répétés de violence qui s’inscrivent dans un paysage qui respire le chaos et la désolation.

Par Poncia Nyembo, acteur sociopolitique

Crédit : Justin Kabumba

A chacun de ces épisodes, pour la population, les mêmes sentiments : solitude, désolation, humiliation, peur, indignation et toujours, finalement … résilience. Le schéma est systématique. Les populations qui vivent dans l’Est de la République Démocratique du Congo n’ont pour beaucoup jamais connu le goût d’une paix durable. Encore moins celui de la Justice.

L’on s’est evertué de leur imposer l’impunité comme coup de grâce. Après avoir perdu l’essentiel de ce qui fait la vie, les familles congolaises ont appris à attendre le glas, la répétition ou l’impunité. Parfois l’un, parfois l’autre, souvent les trois. Ce n’est pas faute d’échantillon statistique suffisant, quand on sait que les Nations-Unies ont comptabilisé, entre 1993 et 2003, au moins 6 millions de personnes qui ont perdu la vie au Congo à cause des conflits armés. Ce n’est pas non plus par manque d’intérêt. Cela d’autant plus que le conflit dans les provinces du Kivu est considéré comme étant le conflit le plus meurtrier du 21è siècle et le plus meurtrier depuis la Seconde Guerre mondiale.


Mais qu’est-ce qui pourrait justifier qu’une telle boucherie se poursuive allègrement en novembre 2022 au vu et au su de tout le monde, mais dans le silence ? Ce conflit est-il insoluble pour qu’il soit voué à continuer sans actions de tous, sans compassion pour les victimes et sans Justice pour les familles ?

A l’heure qu’il est le gouvernement congolais a unilatéralement décidé de signer l’adhésion du pays à la Communauté de l’Afrique de l’Est (CAE ou EAC en anglais). Une organisation créée en 1999, en pleine Deuxième Guerre du Congo, ladite guerre qualifiée aussi de “grande guerre africaine” à laquelle 9 pays ont participé, parmi lesquels le Rwanda, l’Ouganda et le Burundi qui sont aussi membres adhérents de la CAE (EAC). Lors de la Deuxième Guerre du Congo ces pays se sont battus sur le territoire congolais, massacrant des civils et exterminant des communautés entières. La Deuxième Guerre du Congo tire son principal prétexte des tensions qui se sont développées quand Laurent-Désiré Kabila, ex-chef-rebelle soutenu par ces pays pour accéder au pouvoir à Kinshasa a souhaité s’émanciper de la tutelle de ses anciens co-belligérants et financiers. Voulant concrétiser “l’Etat pour tous” qu’était censé être devenu l’ex-Zaïre avec l’accession de Kabila à sa tête, l’EAC a donc été créée dans l’idée de faire de la zone de l’Est du Congo, une zone commune aux pays de la communauté.

Alors que le gouvernement de Tshisekedi a décidé de rejoindre, sans raison légitime, 20 ans plus tard, cette communauté dont les racines se trouvent dans l’histoire d’un Congo en sang et déchiré, il est bon de se souvenir de la première Guerre du Congo qui elle est celle qui emmène Laurent-Désiré Kabila au pouvoir. Ce qui est intéréssant dans cette guerre est essentiellement le prétexte utilisé par les pays tels que le Rwanda, l’Ouganda et le Burundi pour soutenir Kabila : le génocide des Rwandais de 1994. Qui a permis au FPR (Rwanda) d’armer plusieurs groupes armées et communautés qui ont été directement impliqués lors de la Deuxième Guerre du Congo. Notamment une communauté constituée de rwandais tutsis installés au Congo qui se font appélés Banyamulenge. Les armes attribuées par le Rwanda aux banyamulenge avaient conduit à une dénonciation directe de l’ancien dirigeant de l’ex-Zaïre, le maréchal Mobutu.

Lors de la Deuxième Guerre du Congo, des milices armées par le Rwanda et issues de cette communauté, telles que le Rassemblement des Congolais pour la Démocratie (RCD) ont combattu le gouvernement congolais et masascré des populations civiles aux côtés du Rwanda. Comme à Kasika, de sombre mémoire, où le RCD a massacré des milliers de civils. A ce jour, le massacre de Kasika attend encore la Justice, alors que certains hauts cadres du RCD ont été intégrés dans l’armée congolaise et dans les institutions politiques nationales.

Ce qui est inquiétant à ce jour, c’est que chacun des éléments qui ont fait les deux guerres du Congo est à nouveau remis sur la table : un changement de règne au Congo, l’agitation de la question des Tutsis rwandais vivants au Congo, par le Rwanda et l’Ouganda notamment, la résurgence des forces armées Tutsis équipées par le Rwanda (M23), la présence d’armées étrangères sur le sol congolais et la quête de matières premières et des portions de terre. Doit-on craindre une troisième Guerre du Congo ou simplement l’anéantissement du Congo comme nous le connaissons et ainsi la concrétisation du projet fondateur de l’EAC ?

Pendant ce temps-là, depuis 5 mois que les combats se sont intensifés, les ONG renseignent près de 300 000 personnes déplacées internes au Congo et qui vivent dans des conditions inhumaines. Le gouvernement congolais semble ignorer les 2 : la menace de l’effondrement de l’Etat congolais autant que la situation humanitaire qui est catastrophique. Le parlement congolais ne joue plus son rôle depuis qu’il s’est restreint à remplir les agendas politiques.

Pour le Congo, il ne reste plus que la volonté populaire. Se lever comme un seul humain et décider de mettre définitivement un terme à cette catastrophe qui a détruit notre tissu social et qui risquerait de nous enfoncer plus loin encore dans les abysses.

Mais, comme le dirait si bien Patrice Emery Lumumba, ma foi restera inébranlable.

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