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Mon regard sur le Congo 2/5 : à la découverte de nos origines

Par Sephora Lukoki Kapinga.

Crédits : @mr.kabwende

Mon regard sur le Congo est une série d’articles sur le premier voyage de jeunes d’origine congolaise. La majorité de la jeunesse congolaise a entendu bien des choses concernant le Congo. Mais en y mettant les pieds, certains ont été surpris et ont découvert une toute autre réalité bien loin des idées reçues et des craintes familiales. Je suis donc partie à la rencontre de ces récits de vie pour révéler la réalité du Congo selon le regard de ces jeunes.

L’été 2012, Jessica Mpia Lokene, âgée de 16 ans, part en vacances avec sa mère, pour trois semaines à Kinshasa (République Démocratique du Congo) et une semaine à Brazzaville (République du Congo). C’est son premier séjour et elle a hâte de découvrir la terre de ses ancêtres. Jessica, 23 ans, étudiante en Master 1 Achat et Supply Chain et alternante au poste d’assistante pénalités et litiges logistiques chez Reckitt Benckiser nous raconte les coulisses de ce premier voyage.

Jessica Mpia Lokene

Pourquoi cette envie d’aller au Congo ?

Notre génération a trop entendu les menaces des parents leur disant : « si tu fais des bêtises, tu iras au bled. » Pour ma part, je ne voyais pas les choses sous cet angle. Je voulais aller au Congo, voir ma famille en particulier ma grand-mère maternelle. J’étais surexcitée à l’idée d’y aller.

Raconte-nous ton arrivée au Congo ?

A l’aéroport, j’ai eu un mouvement de vertige parce qu’il y a eu un contraste entre l’aéroport de France et de Kinshasa. Il faisait très chaud, il y avait beaucoup de monde, j’ai failli faire un malaise en sortant de l’aéroport. Je me souviens encore de plusieurs jeunes à la sortie de l’aéroport en train de vendre de l’eau. Ces derniers criaient « mayi, mayi », ce qui veut dire « eau » en lingala. Au début, j’avais un peu l’impression d’être dans une autre planète. Mon tonton est venu nous chercher à l’aéroport. Je monte dans la voiture, j’attache ma ceinture et il me dit « longola ceinture, zala à l’aise », littéralement « enlève ta ceinture, sois à l’aise. » Car pour lui, ce n’était pas forcément nécessaire.

Comment as-tu été accueillie ?

En France, on me définit comme une étrangère bien qu’étant née dans l’Hexagone. Au Congo, on me disait « toi tu n’es pas congolaise, tu es française ». C’était perturbant parce que quand je suis allée au Congo, je pensais être chez moi, retrouver mes origines. Je me suis retrouvée « sans identité » mais très vite j’ai accepté la situation. J’ai assumée d’être française et congolaise. De toute façon, on ne peut pas être accepté par tout le monde.

Pour la petite anecdote, souvent au marché, les gens disaient « ye awuti poto » ce qui veut dire « celle-là, elle vient d’Europe ». La population locale nous identifie rapidement. Un jour, je me suis rendue au marché pour acheter des mèches. Je me suis adressée au vendeur en lingala mais il a augmenté le prix. Donc mamie a redemandé à ma place et il a accepté de redonner le prix initial. Ca m’a fait mal au coeur car pour moi c’est comme mon tonton, on est entre nous congolais. Mais je comprends que ce soit aussi la réalité économique qui l’a poussé à agir de cette manière.

Kinshasa. Crédits @sophffmn

Quelles ont été tes premières impressions ? 

Kin c’est la découverte d’une nouvelle manière de vivre et d’une nouvelle manière de penser. Pour la petite anecdote, avant de partir, papa m’avait donné un lot de robes à vendre. Je suis donc allée au marché mais je n’ai rien vendu. J’étais en compagnie de ma tante, qui elle aussi, n’avait rien vendu cela dit, elle avait le sourire. J’ai alors saisis que malgré les difficultés, le manque, le peuple se donne les moyens de s’en sortir et garde toujours le sourire. D’ailleurs, au Congo, la population parle tout le temps de Dieu. Ils sont sans cesse dans la joie.

La perception de la vie est différente de la France. On le voit avec le voisinage. Les portes sont ouvertes, on peut se rendre chez le voisin sans prévenir contrairement à Paris où tout est planifié et clôturé. On ne peut pas débarquer chez son voisin sans avertir au préalable, de toute façon les habitations ne le permettent pas. Aller au Congo m’a ramené les pieds sur terre car j’étais en plein dans mon adolescence et je ne me rendais pas compte de certaines réalités.

Qu’as-tu appris de ce voyage ?

Mon premier séjour au Congo m’a rendu plus altruiste. C’est là-bas que j’ai eu à cœur d’aider et de servir les autres. Tout cela a travaillé mon caractère. J’ai surtout compris l’importance de la famille parce que je restais tous les jours avec mes cousins, cousines, mon oncle, ma tante. On mangeait ensemble, on sortait ensemble, on se voyait tout le temps donc les liens se resserraient. Au pays, toutes les générations sont mélangées et cela crée encore plus de lien.

Jessica entourée de ses tantes à Kinshasa.

La chaleur, ce n’était pas trop dur ?

C’est une chaleur qui te pique. Au début, j’ai eu du mal, je restais à la maison ou dehors mais clouée à l’ombre. Les moustiques dérangeaient surtout en terrasse. Mais j’ai fini par m’y habituer.

Comment as-tu trouvé la nourriture ?

Tout est bon ! En plus c’est bio, c’est naturel. C’est trop bon et en plus de cela, les moments de repas sont très chaleureux car nous sommes tous réunis.

Quels endroits as-tu visité ?

A Brazzaville, le musée de Brazza qui est un très beau musée. A Kinshasa, la cité maman Mobutu, Gombe (le quartier des affaires), Livulu… et d’autres endroits encore. Quand je suis allée à Kinkole (à 25 km de Kinshasa), un lieu atypique avec un beau paysage, de belles couleurs, les pêcheurs, les barques, les énormes poissons, j’ai pris plusieurs photos mais une maman n’a pas apprécié. Elle a d’ailleurs réagi en disant « qui-est elle ? Elle nous considère comme des animaux dans un zoo ». La maman avait l’impression que je les méprisais. Mon oncle m’a donc dit de ranger mon appareil photo.

Kinkole. Crédits @Jessica Mpia Lokene

Musée de Brazza

Parlais-tu lingala ? 

Oui, même si on se moquait de moi à cause de mon accent. Ils m’imitaient en prenant l’accent français. Mais je continuais à m’exprimer en lingala. C’est important de parler notre langue car elle fait partie de notre histoire. Ce sont nos origines, l’endroit d’où nos parents viennent, c’est notre héritage.

Tes parents t’ont-ils transmis l’amour du pays ?

Lorsque j’étais petite, papa nous disait « quand vous serez grands, retournez au Congo.» Mes parents sont certes venus en France mais ils ont gardé leur identité congolaise. D’ailleurs à la maison, on parle lingala. C’est évident que mon premier voyage au Congo a renforcé mon amour pour ma culture.

Lubumbashi Crédits @mackwantashi

Que souhaites-tu faire pour le Congo ?

Un jour, ce qui m’a bouleversé, c’est que je souhaitais acheter un produit de base dans le supermarché mais il n’y était pas à cause d’un problème de transport ou de logistique. Aujourd’hui, je souhaite donc apporter mon expertise dans ce domaine. Je travaille actuellement chez Reckitt Benckiser en tant qu’assistante litige logistique. J’ai également travaillé deux ans chez Transdev donc j’aimerais investir ses compétences dans le développement du Congo. Il y a beaucoup de choses à faire. Donc emmagasinons les connaissances nécessaires et investissons en Afrique.

Les personnes de la diaspora doivent s’y rendre. On doit poser notre pierre à l’édifice pour participer au développement du Congo. Il y a tellement de domaines à exploiter. Par exemple, la gestion des déchets. Être né en France nous empêche de nous rendre compte de certaines réalités. On prend pour acquis le ramassage des ordures, les poubelles, l’hygiène. Mais au Congo, c’est différent, parfois lorsque j’étais en voiture, je remarquais des piles de déchets à traiter. Le pays est comme un chantier à développer. Il ne faut pas se rater, tout est à refaire, il faut poser sa pierre et faire avancer les choses.

Quel est ton meilleur souvenir ?

A la sortie de l’aéroport, mamie avait une photo de moi bébé, elle regardait la photo, elle me regardait puis elle m’a serré dans ses bras.

Quelle a été la réaction de ta famille à ton retour du Congo ?

Je leur ai parlé de mon voyage. Mes frères avaient peur de s’y rendre mais en leur parlant de mon séjour et en les rassurant, l’un d’eux a sauté le cap. Ils étaient à leur tour impatients d’y mettre les pieds et de découvrir le Congo de leurs propres yeux. C’est bien d’entendre mais c’est mieux d’expérimenter par soi-même. Il faut oser.

Quel est ton message pour les jeunes congolais ? 

C’est important d’aller au Congo pour savoir d’où l’on  vient afin de se projeter dans l’avenir.

Il faut dépasser la limite de ce que les médias présentent à savoir la pauvreté, la violence, la corruption. Ce sont des réalités mais il n’y a pas que cela. Ce serait dommage de s’arrêter à ce que les médias nous montrent. Il n’y a jamais le bon coté alors que sur place on voit la détermination des femmes qui sortent tôt le matin pour travailler et gérer le foyer. Elles ont leur commerce. Leur attitude t’apprend la persévérance, cela montre qu’il ne faut jamais baisser les bras, c’est un apprentissage quotidien. On voit aussi la débrouillardise d’une jeunesse qui cherche à s’en sortir. Ce qui révèle la richesse des personnes, ce sont tous ces actes. Leur vie nous enseigne. Je me rappelle de cette scène avec des enfants dans la rue qui jouaient avec un ballon dégonflé mais ils étaient heureux et passaient un bon moment.

Place de l’indépendance, Kinshasa. Crédits @Mackwantashi

L’environnement m’a beaucoup appris. Il faut dépasser nos peurs et saisir cette chance d’aller en Afrique parce que c’est notre héritage. On a un trésor dans les mains et il faut le saisir, cest important. On ne connait pas l’avenir. Profitons de nos grands parents pendant qu’ils sont en vie. Malheureusement, mon grand-père paternel est décédé mais j’ai eu cette grâce de le voir avant. C’était un grand homme très respectueux. Malgré sa maladie, il avait encore une voix imposante, un ton de directeur, comme j’aime bien le dire. Il était content de voir qu’une autre génération était là. Aujourd’hui, en regardant certaines photos,  je réalise que plusieurs ne sont plus parmi nous mais on garde des souvenirs, une trace et cela demeure dans le coeur. 

A lire aussi, dans la même série :

Mon regard sur le Congo 1/5

Et vous comment s’est passé votre premier voyage dans votre pays d’origine ? Partagez-nous vos retours en commentaires.

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